Par Betty Jean Aucoin

« Est-ce que je vais mourir? »
C’est la première question que je me suis posée lorsque l’on m’a annoncé que j’avais un cancer du sein.
Beaucoup de gens se posent cette question difficile après un tel diagnostic, ce qui peut susciter de la peur, de l’incertitude et un sentiment d’accablement. On peut aussi avoir parfois l’impression qu’on nous enlève l’avenir que nous avions imaginé.
Quand j’ai raccroché, je suis tombée à genoux et j’ai pris la posture de l’enfant — une posture que j’avais apprise aux cours de yoga et qui m'apaisait. J’ai pleuré, j’ai repris mon souffle, et puis je me suis finalement relevée.
Ce moment qui avait l’air de marquer la fin de quelque chose allait, en réalité, marquer le début d’un nouveau chapitre.
Quatre ans et demi plus tard, je reçois un deuxième diagnostic : un cancer du sein de stade IV qui s’est propagé aux os. Une fois de plus, je me suis demandé : « Est-ce que je vais mourir? »
Pourtant, lorsque j’ai été confrontée à cette nouvelle réalité, j’ai pris conscience que quelque chose en moi avait changé depuis mon premier diagnostic.
Vivre avec le cancer, ce n’est pas seulement une question de survie, c’est surtout la façon dont on choisit de vivre au jour le jour.
Le cancer affecte plus que le corps. Il peut affecter nos pensées, nos pensions et nos relations. On ressent souvent de la peur, du chagrin et de l’incertitude — parfois tout cela en même temps.
Avec le temps, j’ai appris l’importance de m’autoriser à ressentir ces émotions. Je me suis autorisée à pleurer, à faire le deuil et à comprendre ce qu’il m’arrivait. Cela ne m’a pas affaiblie. Au contraire, cela m’a aidée à aller de l’avant.
Bien qu’il soit important de ressentir ses émotions, nous ne sommes pas obligé·es de nous y attarder. J’ai accepté les miennes sans pour autant les laisser dicter le cours de mes journées. Cela m’a aidé à aller de l’avant avec détermination et espoir.
Le soutien des autres est également devenu un élément essentiel de mon parcours. Ma famille, mes ami·es et mon équipe soignante m’ont aidée à me sentir moins seule. Leur présence m’a rappelé que, même dans les moments difficiles, les liens humains comptent.
J’ai parfois eu du mal à demander de l’aide. Au début, un·e ami·e est intervenu·e et a contacté d’autres personnes pour mettre en place du soutien pour ma famille et moi. Ce geste attentionné a vraiment changé la donne. Cela m’a rappelé qu’on n’est pas obligé de tout supporter tout·e seul·e, et que le fait d’accepter l’aide des autres peut faire partie du processus de guérison.
J’ai également commencé à changer ma façon d’aborder mon quotidien. Je me suis concentrée sur ce que je pouvais contrôler : prendre soin de mon corps, veiller à mon bien-être mental et utiliser mon énergie à bon escient. J’ai intégré la pleine conscience, l’activité physique et la gratitude à mon quotidien. Ces petits gestes m’ont aidée à me sentir ancrée.
Je dis souvent que mon esprit est mon GPS. Les pensées auxquelles je reviens peuvent guider ma façon d’aborder chaque journée. Lorsque je choisis des pensées ancrées dans l’espoir, les possibilités et la bienveillance envers moi-même, je suis mieux à même d’avancer en toute conscience.
Ce n’est pas facile de vivre avec un cancer du sein de stade IV. Il y a encore des jours difficiles et des moments d’incertitude. Mais il peut aussi y avoir de la joie, des rencontres et un sens à donner à sa vie. Beaucoup de gens, dont moi, continuent de mener une vie bien remplie et épanouissante malgré ce diagnostic.
Si vous lisez ces lignes et que vous vous demandez si vous allez mourir, sachez que vous n’êtes pas seul·e.
Même si nous ne pouvons pas tout contrôler, nous pouvons prendre des mesures pour prendre soin de nous-mêmes et améliorer notre quotidien. Pour moi, cela signifie choisir de me lever chaque jour et de vivre ma vie au lieu de m’abandonner au cancer.
Cette réflexion s’inspire de mon expérience personnelle et des enseignements que je partage dans mon livre, RISE : Living Life Over Cancer, où j’explore les moyens d’aller au-delà de la simple survie pour embrasser une vie fondée sur la pleine conscience, la gratitude et une existence mûrement réfléchie. J’espère qu’en lisant cet article, vous comprendrez l’importance de faire, jour après jour, de petits gestes significatifs pour prendre soin de votre bien-être.