Par Jacqueline Beatty

Apprendre que j’avais un cancer à 40 ans a été l’un des moments les plus effrayants de ma vie. J’étais en bonne santé; le sport et le bien-être avaient toujours fait partie de ma vie. J’étais maman de deux petites filles et d’un beau-fils.
Je me souviens encore à quel point ma vie a basculé en cet instant. Une question en particulier m’a immédiatement fait passer de mes préoccupations quotidiennes à la question de savoir à quoi ressemblerait l’avenir pour ma famille et moi.
« Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi? », me suis-je immédiatement questionné, avant de me demander aussitôt après : « Est-ce que je vais mourir? »
J’avais toujours pris soin de moi, mais au cours des deux dernières années précédant mon diagnostic, je m’étais vraiment engagée à prendre soin de ma santé. Je venais de devenir professeure de yoga, j’avais adopté un mode de vie végan et j’avais décidé que l’alcool n’avait plus sa place dans ma vie, même si je n’étais pas une grande buveuse et que je n’y prenais plaisir qu’en occasions spéciales. J’ai toujours pensé qu’on ne pouvait pas contrôler le moment où une maladie allait frapper, mais je voulais être au meilleur de ma forme pour pouvoir affronter et surmonter ce qui pouvait m’arriver.
Ainsi, à l’annonce de mon diagnostic, j’étais prête à mener ce combat, tant sur le plan mental que physique. Mais, j’ai également pris conscience que je devais en faire encore plus pour surmonter la bataille la plus difficile de ma vie.
Je savais que les pratiques de bien-être ne pouvaient remplacer les traitements médicaux, mais je pensais qu’elles pouvaient en être un complément.
Alors qu’oncologues et chirurgien·nes se concentraient sur le traitement de mon cancer, j’avais besoin de me concentrer sur le bien-être de la personne qui vivait cette épreuve.
Je ne pouvais pas contrôler la maladie, mais je pouvais agir sur la façon dont je prenais soin de mon corps, de mon esprit et de mon énergie au quotidien.
Mon combat a duré 10 mois. Trois interventions chirurgicales, de nombreux examens d’imagerie et analyses, des biopsies invasives, une chimiothérapie, puis enfin des mastectomies bilatérales avec reconstruction mammaire immédiate. J’ai très vite compris l’importance de la gestion de mon stress et j’ai décidé, peu après mon diagnostic, d’arrêter de travailler pour me consacrer entièrement à la lutte contre le cancer et à mon rétablissement.
J’ai vraiment dû me donner la permission de lever le pied. Pour y parvenir, j’ai notamment pris l’habitude de commencer chaque journée par une promenade au bord de l’eau. Même par -20 °C, j’essayais d’aller au bord de l’eau si je le pouvais. C’était de la « méditation en marchant » : aucune distraction, juste l’eau et moi.
Dans ces moments-là, j’arrivais souvent à faire taire le tumulte dans mon esprit et à me préparer pour la journée à venir.
Avec le recul, ces promenades n’avaient pas vraiment pour but de faire de l’exercice. Elles étaient l’un des rares moments où le cancer ne contrôlait pas mes pensées. Elles m’ont rappelé que réduire le stress n’était pas un luxe et que cela faisait partie intégrante de mon processus de guérison.
La musique était une autre source de réconfort dans les moments de stress. J’avais des listes de lecture pour les moments où j’avais besoin de me sentir forte, et d’autres pour les moments où j’avais besoin de laisser libre cours aux émotions enfouies au plus profond de moi. On attendait souvent de moi que je fasse preuve de force, mais j’avais aussi besoin qu’on me laisse le droit de faire mon deuil et d’exprimer ma peine face à ce que j’avais perdu.
Le cancer m’a fait perdre mon sentiment d’invincibilité.
Il m’a rendu plus humble.
Il m’a rappelé qu’on ne sait jamais de quoi demain est fait.
Parmi les autres moyens qui m’aidaient à évacuer le stress au quotidien, il y avait mon journal de gratitude et le fait de consigner mon parcours face au cancer. J’avais commencé ce journal pour pouvoir un jour le partager avec mes filles, mais cela s’est également révélé d’un grand réconfort pour moi. Aujourd’hui, cela me permet de me remémorer les moments difficiles que j’ai surmontés, tout en m’aidant à continuer à m’en libérer.
Une autre décision délicate mais importante que j’ai prise a été de parler de mon expérience sur les réseaux sociaux. Je ne savais pas vraiment ce que cette épreuve me réservait, mais je savais que je devais raconter mon histoire. Grâce à des discussions, à des questions et au soutien incroyable des gens, j’ai découvert des traitements et des pratiques de bien-être qui vont au-delà de la médecine traditionnelle, et j’ai pris conscience à quel point le mode de vie peut favoriser le traitement et le rétablissement.
L’activité physique est devenue l’un des moyens les plus importants grâce auxquels j’ai pu prendre soin de mon corps tout au long de mon traitement et de ma convalescence.
Ne vous méprenez pas, il y a eu des jours où je n’arrivais pas à sortir du lit à cause des effets secondaires de la chimiothérapie ou de l’opération. Mais comme j’avais déjà une bonne condition physique, j’ai pu reprendre l’activité physique plus tôt que prévu.
J’ai commencé en douceur par des exercices de mobilité, du Pilates debout lorsque je ne pouvais pas bouger le haut du corps, et du yoga pour favoriser mon bien-être tant physique que mental. Au fur et à mesure que je reprenais des forces, j’ai progressivement recommencé à m’entraîner avec des poids.
L’une des meilleures choses que j’aie pu faire avant le traitement aura été de me constituer une solide base musculaire. Cela n’a pas éliminé les effets secondaires de la chimiothérapie ou de l’opération, mais cela m’a donné un point de départ lorsque j’étais prête à aller de l’avant. Dans la mesure du possible, la convalescence doit commencer avant l’intervention chirurgicale.
Si vous connaissez bien votre corps, la reprise de l’activité physique peut vous sembler plus naturelle, mais le recours à un·e professionnel·le spécialisé·e dans la rééducation physique après un cancer peut également s’avérer extrêmement utile.
Et puis, je me suis fixé un objectif : participer à une course avec ma fille après avoir vaincu le cancer. Au début, je ne courais que 200 mètres sans m’arrêter; aujourd’hui, je peux courir 5 km.
Il m’est arrivé de devoir m’arrêter à cause d’un traitement ou d’une opération, mais dès que les médecins m’y autorisaient, je m’y remettais.
L’activité physique prenait chaque jour une forme différente, et il y avait des jours où j’avais vraiment besoin de me reposer. Mais les jours où je parvenais à faire ne serait-ce qu’une promenade de cinq minutes, je le faisais.
J’ai appris que le mouvement n’a pas besoin d’être intense pour être efficace. Certains jours, je faisais une petite course. D’autres jours, je faisais des étirements, des exercices de respiration ou j’allais tout simplement marcher dehors. Mon corps méritait qu’on lui témoigne de la compassion les jours où il me demandait de lever le pied.
Une mise en garde toutefois : l’exercice physique de haute intensité peut fausser les résultats des analyses sanguines. Je l’ai appris à mes dépens après avoir enchaîné deux séances d’entraînement avant d’aller faire une prise de sang, ce qui a fait grimper en flèche mes taux d’enzymes hépatiques. Renseignez-vous bien et consultez toujours votre équipe médicale avant de reprendre une activité physique intense.
M’entourer de professionnel·les de la santé et du bien-être a été l’une des décisions les plus judicieuses que j’ai prises. La plupart de ces contacts sont nés de recommandations que l’on m’a faites après que j’ai raconté mon histoire ou posé des questions.
Quand on se bat pour sa santé, on se doit de tout explorer.
Je me suis rendu compte très tôt après mon diagnostic que j’avais besoin d’un soutien allant au-delà de la médecine traditionnelle. Je souhaitais prendre soin de mon corps de manière holistique tout en gérant mes symptômes et en poursuivant mon traitement.
Je me suis également rendu compte qu’une équipe soignante se construit selon ses propres besoins, son plan de traitement et ses objectifs.
Pour ma guérison physique, j’ai fait appel à des physiothérapeutes spécialisé·es dans le drainage lymphatique afin de favoriser la guérison après l’ablation de ganglions lymphatiques et de traiter les tissus cicatriciels résultant de l’intervention chirurgicale. J’ai également consulté un·e chiropraticien·ne et un·e ostéopathe pour m’aider à retrouver ma mobilité, à me remettre de mon opération et à atteindre mes objectifs de course à pied tout en gérant ma blessure au genou.
Le fait de comprendre que la chimiothérapie et l’hormonothérapie m’avaient fait entrer en ménopause, et de réaliser l’impact que cela avait eu sur mon plancher pelvien, m’a poussée à consulter un·e physiothérapeute spécialisé·e dans le plancher pelvien. La massothérapie est devenue un élément essentiel, tant pour mon corps que pour la gestion de mon stress.
La collaboration avec un·e naturopathe spécialisé·e en oncologie et un·e nutritionniste spécialisé·e en oncologie qui avait eu un cancer du sein s’est avérée inestimable. En naturopathie, on m’a conseillé des compléments alimentaires et des changements de mode de vie pour m’aider à gérer les effets secondaires des traitements tout en préservant ma santé générale. En nutrition, on m’a aidée à optimiser mon alimentation avant et après l’opération, ainsi que tout au long des traitements, en mettant l’accent sur des aliments nourrissants et bénéfiques pour lutter contre le cancer. Il est important de discuter de tout complément alimentaire ou changement alimentaire important avec votre équipe d’oncologie ou votre pharmacien·ne afin de vous assurer qu’ils ne présentent aucun risque et qu’ils n’interfèrent pas avec votre traitement anticancéreux.
Ces spécialistes m’ont apporté bien plus que des connaissances : ils/elles m’ont donné de la confiance, de l’espoir et des outils concrets pour prendre soin de moi.
Chaque consultation avait un objectif différent, mais dans l’ensemble, elles m’ont rappelé que la guérison revêt de multiples facettes. Prendre soin de mon corps est devenu une façon pour moi de me dire que je valais la peine que je me batte pour moi.
Je suis consciente que tout le monde n’a pas accès aux praticien·nes auxquel·les j’ai eu recours. Mon souhait est simplement de vous encourager à constituer une équipe soignante qui réponde à vos besoins spécifiques, qu’il s’agisse d’un·e professionnel·le supplémentaire ou de plusieurs.
Prendre soin de mon esprit et de mon moral est également devenu l’une de mes principales priorités sans quoi je n’aurais pas pu avoir, chaque jour, avec l’énergie nécessaire pour continuer à aller de l’avant.
J’ai commencé des pratiques axées sur la relaxation, l’élimination du stress et l’apaisement du système nerveux. De plus en plus d’études se penchent sur le lien entre le stress chronique, l’inflammation et certaines maladies, notamment le cancer du sein. Même si la réduction du stress ne constitue pas un traitement contre le cancer, apaiser mon système nerveux est devenu un moyen important de prendre soin de moi pendant le traitement.
Parmi les pratiques que j’ai adoptées, on peut citer le reiki, la réflexologie, les bains de forêt, la thérapie par le son, le yin yoga doux, des exercices de respiration tels que la respiration en carré, ainsi que l’écoute d’affirmations axées sur la guérison, l’espoir et la victoire sur le cancer.
Il était également essentiel pour moi de ne pas cesser de vivre et de continuer à me fixer des objectifs.
Il était important que mon esprit et mon corps sachent que je n’allais pas laisser cette maladie déterminer mon avenir.
J’ai donc planifié cette course avec ma fille, mes futurs cours de sport, les vacances que je souhaitais faire ainsi que les expériences que je voulais encore vivre.
J’ai même dressé une liste de choses à faire avant de mourir et j’ai commencé à les rayer les unes après les autres pendant mon traitement.
Si le cancer était devenu une partie de mon histoire, je refusais qu’il me définisse moi. J’étais toujours une mère. J’étais toujours une épouse. J’étais toujours quelqu’un qui avait des rêves, des objectifs et un avenir qui valait la peine d’être planifié.
Adopter des pratiques de bien-être ne consistait pas à essayer de maîtriser le cancer.
Il s’agissait de prendre soin de moi pendant que je luttais contre le cancer.
Chaque promenade, chaque rendez-vous, chaque moment de calme dans la nature me rappelait que j’étais bien plus que ma maladie.
Je ne me souviens pas de tous les rendez-vous ni de tous les médicaments. Mais, je me souviens du bruit de l’eau lors de mes promenades matinales, des personnes qui m’ont aidée à traverser la période la plus difficile de ma vie, et de ces petits choix quotidiens qui me rappelaient que, même avec un cancer, j’étais toujours en vie.
Le cancer a transformé mon corps d’une manière à laquelle je ne m’attendais pas, mais il m’a aussi rappelé à quel point celui-ci est résilient. Prendre soin de moi n’était pas de l’égoïsme, mais l’un des plus grands actes de courage que j’aie jamais accomplis pour moi-même.
Dans mon prochain article, je vous expliquerai comment le Pilates est devenu un outil précieux dans mon rétablissement et je vous présenterai les exercices qui m’ont aidée avant l’opération, pendant le traitement et tout au long de ma guérison.
Jacqueline Beatty est conseillère en leadership, coach de cadres et fondatrice de Rising Lotus Performance & Wellness Solutions. Elle possède plus de 20 ans d’expérience à des postes de direction dans le domaine des ressources humaines. Après avoir appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein, elle s’est donné pour mission de sensibiliser le public et de partager ses connaissances sur la longévité grâce à des pratiques de bien-être holistiques. Rising Lotus a été fondé sur la conviction que bien-être et performance peuvent aller de pair, et non s’opposer. Elle vit dans la région du Grand Toronto avec sa famille et, pendant son temps libre, elle donne des cours de Pilates et de yoga tout en menant une vie active avec ses trois enfants. Vous pouvez suivre Jacqueline sur son site Web (Rising Lotus), sur Instagram (@jacquelinebeatty.risinglotus) et sur Linktree (Rising Lotus Linktree).