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La voix des personnes atteintes d'un cancer du sein

Éducation

blogue À nous la parole

Le cancer du sein et la médecine du mouvement

Par Madison Malette, B. Sc., R. Kin, CLT, CYT200

Le cancer du sein bouleverse complètement la vie : l’agenda se remplit de rendez-vous, d’examens d’imagerie, de traitements, d’interventions chirurgicales et de visites de suivi. La priorité devient alors d’arriver à passer le prochain rendez-vous, le prochain traitement, la prochaine étape importante, puis, petit à petit, les choses commencent à se calmer. Pour beaucoup, c’est à ce moment-là qu’une autre question commence à se poser… Et maintenant?

En tant que kinésiologue et thérapeute certifiée en lymphœdème, c’est une question que j’entends souvent lors de mes consultations. Une fois les traitements terminés, beaucoup de gens se demandent ce qu’ils devraient (ou ne devraient pas) faire, et une recherche rapide sur Google ou un coup d’œil sur les réseaux sociaux leur apporte souvent une multitude de conseils contradictoires qui ne leur sont pas d’une grande aide. Alors, passons en revue ce que nous savons et mettons en pratique les conclusions des études les plus fiables dont nous disposons aujourd’hui.

L’activité physique pendant la chimiothérapie

La fatigue est l’un des effets secondaires les plus courants et les plus frustrants de la chimiothérapie et, même si cela peut paraître paradoxal, les études montrent systématiquement que la pratique régulière d’une activité physique est en réalité l’un des moyens les plus efficaces de réduire la fatigue liée au cancer. Des activités telles que la marche, le vélo ou la natation, associées à des exercices de renforcement musculaire, peuvent également contribuer à améliorer l’humeur, à préserver la masse musculaire, à favoriser la santé cardiovasculaire et même à atténuer les effets du fameux « brouillard cérébral ». Il arrive parfois que l’activité physique doive être adaptée ou temporairement suspendue pendant la chimiothérapie, notamment en cas de fièvre, de nausées ou de vomissements sévères, d’anémie importante, d’une numération globulaire basse ou de troubles de l’équilibre dus à une neuropathie périphérique. C’est pourquoi il est important de faire appel à un·e professionnel·le spécialisé·e dans la réadaptation oncologique.

L’activité physique pendant la radiothérapie

Au début d’une radiothérapie, la fatigue et les irritations cutanées sont fréquentes. La marche douce, les étirements et les exercices d’amplitude articulaire sont généralement bien tolérés, tandis que les exercices intenses entraînant une friction excessive ou une transpiration abondante peuvent nécessiter une interruption ou une adaptation afin d’éviter toute aggravation des irritations cutanées. L’une des complications à long terme de la radiothérapie est la fibrose radique; elle se caractérise par une sensation de serrement au niveau de la poitrine, des épaules ou des aisselles, et peut entraîner la formation de tissu cicatriciel supplémentaire ainsi qu’une diminution de la souplesse des tissus dans la zone irradiée. Des étirements quotidiens, des exercices de mobilité et le fait de bouger régulièrement les épaules peuvent contribuer à préserver la souplesse et à réduire la raideur à long terme avant qu’elle ne devienne handicapante.

L’activité physique après une chirurgie du cancer du sein

Que vous ayez subi une tumorectomie, une mastectomie, une opération des ganglions lymphatiques, une reconstruction mammaire ou une combinaison de tout cela, l’activité physique joue un rôle essentiel dans tous les processus de rétablissement. L’une des avancées majeures en matière de rééducation après un cancer du sein au cours de la dernière décennie a été le soutien apporté par la recherche scientifique et la confirmation que le repos seul n’est pas toujours la meilleure solution.

Autrefois, on conseillait souvent aux patient·es de ménager leur bras opéré en évitant de soulever des objets lourds ou en reportant la reprise de l’activité physique pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l’opération. On sait aujourd’hui que cette approche peut en réalité entraîner toute une série de complications. Les études et les recommandations en matière de rééducation s’accordent à considérer que la reprise précoce et progressive de l’activité physique ainsi que le renforcement musculaire progressif constituent des approches sûres et efficaces pour la plupart des gens ayant subi une intervention chirurgicale. Alors, comment cela se passe-t-il dans la pratique?

Bien qu’il soit important de demander conseil à un·e professionnel·le en matière d’activité physique afin de bénéficier d’un programme sur mesure et adapté à votre morphologie, voici quelques recommandations générales :

De 0 à 14 jours après l’opération : À ce stade, la priorité est la récupération et la reprise progressive et en douceur de l’activité physique. Cela comprend souvent des exercices de respiration profonde, de la marche dans la mesure de vos capacités, des mouvements des mains et des poignets, des exercices de mobilité douce des épaules (dans le respect des recommandations du ou de la chirurgien·ne) et des exercices de posture.

De la 2e à la 6e semaine après l’opération : Au cours de cette phase de rééducation, l’objectif est de retrouver une amplitude de mouvement complète de l’épaule (ou de revenir à votre niveau initial d’avant l’opération). Des étirements en douceur et des exercices d’amplitude articulaire aident à retrouver confiance en soi tout en rétablissant progressivement une mobilité normale et en permettant de reprendre ses activités quotidiennes habituelles. Il est important de noter que, bien que l’objectif soit de rétablir l’amplitude complète des mouvements six semaines après l’opération, celui-ci peut être influencé par de nombreux facteurs, notamment des pathologies préexistantes, les opérations de reconstruction (ce qui pourrait faire l’objet d’un article à part entière!), les complications postopératoires, etc.

À partir de la 6e semaine après l’opération : C’est à ce stade de la rééducation que l’on commence généralement à se concentrer sur le regain de force et la confiance dans ses mouvements — autrement dit, la meilleure partie! Que ce soit pour reprendre le sport, jardiner, porter vos petits-enfants ou simplement transporter vos courses, votre corps a besoin de force pour reprendre les activités qui comptent le plus pour vous. Si vous aviez l’habitude de faire de l’exercice avant votre opération, commencez par effectuer environ 25 à 50 % des exercices que vous faisiez habituellement, puis augmentez progressivement l’intensité jusqu’à retrouver (et dépasser!) les poids et le nombre de répétitions que vous pratiquiez avant l’opération. Si vous débutez dans la musculation, les bandes de résistance, les exercices au poids du corps ou les haltères légers constituent un excellent point de départ. Quoi qu’il en soit, l’essentiel est de progresser à votre rythme, de manière régulière et progressive.

L’activité physique et l’après-cancer

Une fois les traitements terminés, la ligne d’arrivée franchie ou son état stabilisé, on se dit souvent que l’on a réussi à s’en sortir. Bien qu’il s’agisse d’étapes importantes et réjouissantes, c’est souvent à ce moment-là que surgissent le plus de questions et que l’on se sent le plus perdu·e quant à la suite des événements. Dans le cadre de notre modèle de rééducation clinique, nous encourageons les patient·es à poursuivre tous les aspects de leur prise en charge tout au long de l’après-cancer, notamment les conseils nutritionnels, le soutien en matière de santé mentale, le suivi et l’atténuation des symptômes grâce à des séances régulières de massages (réalisées par un·e massothérapeute agréé·e spécialisé·e en drainage lymphatique) et, bien sûr, l’activité physique.

À ce stade, l’activité physique n’est plus uniquement axée sur la rééducation, mais vise davantage à développer des habitudes durables à long terme qui contribueront à préserver votre santé et votre bien-être à l’avenir.

Même si nous encourageons toutes les formes d’activité physique à ce stade, le renforcement musculaire mérite une attention particulière, car de nombreux traitements contre le cancer du sein, notamment les inhibiteurs de l’aromatase et la ménopause induite par certains traitements, augmentent le risque de perte osseuse accélérée, ce qui augmente le risque d’ostéopénie, d’ostéoporose et de fractures liées à ces pathologies. L’entraînement par résistance progressive est l’une des stratégies non médicamenteuses les plus efficaces pour aider à maintenir, voire à améliorer, la densité osseuse. Il permet également de préserver la masse musculaire, d’améliorer l’équilibre (ce qui est particulièrement important si vous souffrez de symptômes de neuropathie persistants liés à vos traitements), de favoriser un vieillissement en bonne santé et de rendre les activités quotidiennes plus faciles et plus sûres.

Les exercices précis à effectuer sont très personnalisés et doivent être adaptés à vos besoins. Par exemple, une personne ayant subi une tumorectomie et une autre ayant bénéficié d’une reconstruction par lambeau auront des besoins et des capacités très différents en matière d’activité physique. Par ailleurs, les besoins d’une personne suivant un traitement de chimiothérapie à long terme et ceux d’une personne ayant subi une ovariectomie à des fins de suppression hormonale seront également très différents. C’est pourquoi il est important de faire appel à un·e professionnel·le pour se lancer en toute sécurité.

Qu’en est-il du lymphœdème?

En tant que kinésiologue et thérapeute certifiée spécialisée dans le lymphœdème, travaillant dans le domaine de la rééducation oncologique, c’est sans aucun doute l’une des questions qui m’est le plus souvent posée.

Autrefois, on pensait qu’il fallait éviter de soulever des charges lourdes pour prévenir le lymphœdème; cependant, d’excellentes études montrent aujourd’hui que ce n’est pas la meilleure approche. Celles-ci démontrent clairement et sans équivoque qu’un entraînement musculaire approprié et suivi (y compris le fait de soulever des poids lourds) n’augmente pas le risque de développer un lymphœdème après un cancer du sein. Elles montrent aussi que la pratique régulière d’une activité physique et d’un entraînement musculaire peut améliorer le fonctionnement des bras, réduire le risque de lymphœdème et améliorer la qualité de vie.

Je rencontre sans cesse des personnes qui ont peur de reprendre ou de commencer la musculation après un diagnostic ou un traitement contre le cancer du sein, et je recommande vivement de faire appel à un·e physiothérapeute ou à un·e kinésiologue pour se lancer rapidement et en toute sécurité.

Même si j’encourage chacun à faire de l’exercice le plus tôt possible et régulièrement, cela ne signifie pas pour autant que tout le monde doive se lancer d’emblée dans un entraînement musculaire intensif. Chaque personne présente des antécédents chirurgicaux, un délai de guérison et un niveau de risque de lymphœdème qui lui sont propres. L’objectif est de progresser en toute sécurité, sous la supervision d’un·e professionnel·le de santé qui maîtrise à la fois la prescription d’exercices et la rééducation oncologique.

Point essentiel à retenir

L’activité physique n’est pas quelque chose qu’il faut craindre ni considérer simplement comme un outil de rééducation : c’est un moyen de progresser et de préserver sa santé à long terme. Que vous ayez reçu votre diagnostic la semaine dernière, que cela fasse 15 ans que vous n’avez plus de cancer ou que vous vous situiez quelque part entre les deux, l’activité physique est une habitude de vie sûre et efficace qui peut et doit être intégrée à votre quotidien. Elle peut vous aider à améliorer votre force musculaire, votre densité osseuse, votre équilibre, votre mobilité, le fonctionnement de vos membres, votre confiance en vous, mais aussi à réduire votre fatigue et à améliorer votre qualité de vie globale.

Il n’existe pas de programme « universel », et une prise en charge personnalisée est essentielle. Mais avec un accompagnement et un soutien adaptés, l’activité physique peut devenir l’un des outils les plus efficaces de votre parcours face au cancer du sein.

Si vous ne savez pas par où commencer, sachez que vous n’avez pas à vous débrouiller tout·e seul·e. Travailler avec des professionnel·les de santé qui maîtrisent à la fois les traitements du cancer du sein, leurs effets à long terme et les programmes d’activité physique peut vous aider à reprendre une activité physique en toute sécurité, en toute confiance et à un rythme qui vous convient.

À propos de l’auteure

Madison Malette est kinésiologue agréée, thérapeute certifiée en lymphœdème, professeure de yoga certifiée et fondatrice de l’Ottawa Cancer and Lymphatics Centre. Forte de sa formation en kinésiologie et d’une spécialisation en rééducation oncologique et en santé lymphatique, Madison met tout son cœur à aider ses patient·es à faire face aux changements physiques pouvant survenir pendant le traitement d’un cancer, à la suite d’une intervention chirurgicale ou après un cancer. Son approche repose sur des soins fondés sur des données scientifiques et vise avant tout à aider ses patient·es à retrouver leur force, à rétablir leurs capacités fonctionnelles et à avoir confiance en leur corps tout au long de leur rétablissement et au-delà.

À propos de l’Ottawa Cancer and Lymphatics Centre

L’Ottawa Cancer and Lymphatics Centre est une clinique pluridisciplinaire qui se consacre à l’accompagnement des personnes touchées par le cancer, le lymphœdème et les affections associées. Notre équipe, composée de physiothérapeutes, de massothérapeutes agréé·es, de kinésiologues, de diététicien·nes et de psychothérapeutes, travaille en collaboration afin d’offrir des soins personnalisés et centrés sur les patient·es tout au long de leur parcours contre le cancer. De la rééducation et de la gestion du système lymphatique à l’activité physique, en passant par la nutrition, la santé pelvienne et le soutien psychologique, notre objectif est d’offrir des soins complets qui autonomisent les patient·es et contribuent à améliorer leur qualité de vie.


Les points de vue et les expériences exprimés à travers les histoires personnelles sur le blog Our Voices sont ceux des auteurs et de leurs expériences vécues. Ils ne reflètent pas nécessairement la position du Réseau canadien du cancer du sein. Les informations fournies n’ont pas été examinées médicalement et ne sont pas destinées à remplacer un avis médical professionnel. Demandez toujours conseil à votre équipe de soins lorsque vous envisagez vos plans et objectifs de traitement.