Par Jacqueline Beatty

En mai 2025, à l’âge de 40 ans, ma vie a changé lorsque l’on m’a diagnostiqué un cancer du sein. Mon combat contre le cancer a duré dix mois : après trois opérations et une chimiothérapie, je dois maintenant prendre un inhibiteur d’œstrogènes qui m’a fait entrer en ménopause précoce pendant cinq à dix ans.
Aussitôt, une pensée fugace m’a traversé l’esprit : « Attends… ça ne peut pas se terminer comme ça. Il me reste encore plein de choses à vivre. » Je me souviens très bien de ce moment. Sur le papier, et aux yeux du monde extérieur, j’avais tout pour être heureuse. J’étais la mère de deux filles formidables, âgées alors de cinq et 11 ans, et j’avais un beau-fils de 18 ans. J’étais une femme mariée, menant une carrière de cadre dans les ressources humaines, trouvant le temps de m’adonner à ses passions — enseigner le yoga et le Pilates, et entretenant une vie sociale bien remplie. Mais au fond, je ne faisais que survivre au lieu de vivre pleinement, j’essayais de suivre le rythme, sans être vraiment présente dans ma vie.
Comment pouvais-je croire que je n’avais pas vécu? J’étais une maman, une épouse, et nous avions construit une vie bien remplie. J’avais une carrière pour laquelle j’avais travaillé si dur. Mais en y regardant de plus près, je me rendais compte que je vivais dans la peur : peur de prendre des risques de crainte de bouleverser la vie que j’avais soigneusement construite; peur de prendre des risques au travail qui pourraient mettre ma carrière en péril; peur de m’engager dans des activités en dehors de ma famille, de crainte qu’il m’arrive quelque chose ou que je passe moins de temps avec mes enfants. Je pensais prendre soin de moi en trouvant le temps de faire de l’exercice malgré mes obligations familiales et professionnelles, mais j’étais à bout de forces, toujours en mouvement, sans jamais pouvoir m’arrêter. Et puis, je n’avais aucune idée de ce qui grandissait en moi : un cancer, mais aussi la perte de celle que j’étais.
Après avoir pris conscience de cela, je me suis demandé ce qui me procurait de la joie. Au-delà du fait d’être mère et de faire de l’exercice pour rester en bonne santé, il m’a fallu un certain temps pour m’en rappeler.
Peu après avoir reçu mon diagnostic, j’ai pris une décision. J’allais me battre de toutes mes forces, mais j’allais aussi vivre de façon intentionnelle. Même dans les jours difficiles. Même dans les moments où je ne pouvais pas faire ce que je voulais parce que je devais me reposer et récupérer.
J’ai commencé à appeler cela des moments d’entre-deux, et ces moments comptaient plus que tout.
Depuis des années, j’adorais le paddleboard, mais je n’en faisais qu’une semaine par an, à notre chalet familial. Pendant le traitement, un groupe d’ami·es a décidé de faire du paddleboard toutes les semaines. Ça avait l’air génial, mais à cause de plusieurs opérations consécutives, je ne pouvais pas y aller la plupart du temps. J’ai alors décidé que ce serait l’un de ces moments d’entre-deux où je me joindrais à elles, mais en les regardant depuis le rivage. Mon amie Laura a alors eu une meilleure idée : emprunter un kayak à ses voisins et m’emmener sur le lac pour que je puisse être sur l’eau avec tout le monde. J’aurais pu me résigner à ce que je ne pouvais pas faire. Au lieu de cela, j’ai choisi de tirer le meilleur parti de ce que je pouvais faire et de m’entourer de personnes qui m’aimaient.
Il y a eu tant de fois, pendant mon traitement, où l’on m’a dit que ce serait la dernière intervention, la dernière opération, pour finalement découvrir un nouveau problème. Malgré tout, je suis restée fidèle à moi-même, continuant à dénicher ces moments d’entre-deux. Quand on m’a dit que je devais suivre une chimiothérapie, cela a été extrêmement difficile, non seulement pour moi, mais aussi pour mes filles. Je ne pourrais plus cacher que j’étais malade : je changerais visiblement d’apparence et je perdrais mes cheveux. Il y aurait des jours où je n’arriverais pas à sortir du lit. Une amie coiffeuse m’a proposé de me couper les cheveux avant le début du traitement, pour que je puisse reprendre un peu le contrôle de la situation. Ce qui a effectivement été le cas : je pouvais passer progressivement des cheveux longs à des cheveux courts, ce qui faciliterait les choses tant pour mes filles que pour moi. J’ai donc invité deux ami·es proches, et nous sommes allé·es dans un superbe loft qui sert de studio photo. Nous avons mis de la musique positive, puis la coupe a commencé. Je m’attendais à ce que ce soit émouvant, mais j’étais entourée d’amour, nous avons ri et j’ai adoré ma nouvelle coupe à la garçonne.
Trouver la lumière dans l’obscurité. Encore un de ces moments d’entre-deux.
Peu de temps après, j’ai commencé à perdre mes cheveux. Mon mari a offert de me raser la tête. Ce moment a été plus difficile, mais mes filles voulaient y participer. Ils m’ont rasé chacun leur tour et nous avons gardé un peu de mes cheveux en souvenir.
J’ai continué à encadrer d’autres personnes tout au long de mon traitement et à bénéficier moi-même d’un encadrement. J’ai aussi continué à donner des cours de yoga et de Pilates. Cela a joué un rôle essentiel dans mon processus de guérison. Mais dès le début de la chimiothérapie, j’ai su que je devais prendre du recul, car je n’aurais plus d’énergie, et je devais me concentrer sur ma convalescence et la protection de mon système immunitaire. J’aurais pu considérer cela comme un nouvel échec, mais j’en ai fait un autre moment d’entre-deux. J’ai reçu le soutien de mes ami·es. Nous avons organisé une superbe séance de yoga sur la plage et ils et elles m’ont dit au revoir avec amour, prières et bonnes pensées. Les membres de mon club de yoga ont allumé des bougies au moment de ma première séance de chimiothérapie. Je me suis sentie tellement entourée et soutenue.
Il y a eu tant de petits moments d’entre-deux pendant la chimiothérapie : des promenades les jours où j’en avais la force, quelques séances de sport de temps à autre, une journée au spa, des moments passés à jouer avec mes filles, un thé entre ami·es, des visites, des fleurs et des messages pleins de tendresse.
Quelques semaines après avoir terminé ma chimiothérapie, j’ai décidé d’organiser une collecte de fonds. Avec d’autres collègues enseignant·es, nous avons animé un cours de yoga, de Pilates et de danse. J’ai été très touchée par le nombre de personnes qui sont venues, et mon mari et ma fille se sont portés volontaires pour aider. Nous avons récolté un peu plus de 1 000 $, que nous avons reversés au RCCS. C’était encore un de ces moments où j’ai pu transformer une expérience très difficile en source d’espoir pour les autres.
Après la chimio, j’ai décidé de subir une double mastectomie avec reconstruction. Cette décision a été influencée par mon patrimoine génétique, mon diagnostic et mon bien-être mental et émotionnel. Un jour, alors que je racontais mon histoire à une femme au cabinet de physiothérapie où je me rends, elle m’a parlé d’une amie à elle qui avait fait la même chose et qui, avant son opération, était allée en soirée « avec ses seins » une dernière fois. Je me suis dit que cela pouvait être encore un de ces moments. Quelques jours avant l’opération, mes ami·es et moi sommes donc sorti·es danser. Nous avons fait la fête, ri et célébré ce moment de transition. Un autre moment d’entre-deux.
En mars 2026, j’ai appris que je n’avais plus de cancer. Je suis infiniment reconnaissante, non seulement d’avoir franchi cette épreuve, mais aussi pour tout ce qu’elle m’a appris et pour les personnes qui m’ont soutenue tout au long de mon parcours. Dès le début, j’ai choisi de me montrer vulnérable et de partager mon histoire. Grâce à ces conversations, j’ai trouvé du réconfort, j’ai fait des rencontres et j’ai vécu tant de précieux moments d’entre-deux.
Si jamais vous vous retrouvez dans une situation similaire, j’espère que vous pourrez vous aussi vivre des moments pareils et être entouré·e de personnes qui vous soutiendront dans les moments les plus difficiles.
Je me suis fait beaucoup de promesses pendant mon combat contre le cancer, et j’ai bien l’intention de les tenir :
Vivre de manière intentionnelle.
Vivre en ayant un but.
Trouver de la joie chaque jour.
Et toujours être consciente de ces moments d’entre-deux, car c’est là où résident les meilleures occasions de développement personnel.