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Comment je repris le contrôle de ma vie après avoir cru le perdre aux mains du cancer du sein

Par Stéphanie Deraîche

Cet épisode de ma vie commença en 2015, la veille du jour de l’An, quand j’aperçus une marque rouge sur mon sein droit. En moins de deux, je fus prise d’un vertige, mon visage s’empourpra et je tentai tant bien que mal d’avaler cette boule qui était maintenant coincée dans ma gorge.

La peau de mon sein semblait épaisse, mais elle n’avait pas l’apparence d’une peau d’orange. Je sentis une bosse sous mon sein et une autre plus petite tout juste sous l’aréole. Le verdict de Google était clair : il s’agissait soit d’un cancer du sein, soit d’une mastite. Même si je n’avais pas allaité ma fille depuis 18 ans, j’optai pour la mastite. Je mis alors tout ça de côté pour célébrer l’arrivée de la nouvelle année. De toute façon, je savais que rien ne pouvait être fait avant le lundi suivant, jour de la réouverture de ma clinique de dépistage des maladies du sein.

Dans les jours qui suivirent, je regardai mon sein trois fois tout au plus. Je ne voyais pas la pertinence de me tourmenter inutilement. En outre, j’avais déjà vécu une expérience semblable dix ans auparavant et la lésion s’était avérée bénigne. Depuis, je faisais l’objet d’un suivi annuel. Il n’y avait donc pas lieu de s’inquiéter, n’est-ce pas ?

Faux.

Le lundi 4 janvier 2016, une mammographie ne décela aucun changement dans mon sein depuis juin 2015. Aucun. Youppi ! Youppi ?

Faux.

Une échographie révéla la bosse, mais mon chirurgien n’était pas convaincu qu’il s’agissait d’un cancer. Nous optâmes pour une biopsie.

Le 7 janvier 2016, je reçus la confirmation que j’avais le cancer. Je fus alors soudainement plongée dans un brouillard. Étape suivante : attendre un appel de la clinique pour fixer un rendez-vous au cours duquel je subirai une batterie d’examens pour déterminer l’étendue de la maladie. « Nous devons savoir si le cancer s’est propagé. »

Mes tests eurent lieu le 14 janvier, mais les résultats ne furent connus que le 21. En rétrospective, je me demande comment j’ai réussi à passer à travers ces deux semaines.

Les résultats démontrèrent que le cancer était tout compte fait limité au sein. J’étais hors de danger, n’est-ce pas ?

Encore faux !

Après mon intervention chirurgicale, j’étais prête à entamer la chimiothérapie. « Allons-y ! », affirmai-je. « Oh… Mais il faut maintenant attendre les résultats. » Quels résultats ? C’est un cancer ! De la chimiothérapie s’il vous plaît ! « Non, non, nous devons déterminer sa virulence, son type, etc. » Il n’y a finalement pas que des stades de cancer, mais également différents grades et types liés à une affaire de récepteurs.

La biopsie avait déjà permis d’établir que mes récepteurs hormonaux étaient positifs, ce qui en soi s’avérait « un très bon signe ». Parfait. Il y avait donc du positif dans ce cancer. C’était presque un oxymoron si vous voulez mon avis, mais j’accueillis favorablement cette bonne nouvelle.

L’opération (une mastectomie) révéla que quatre ganglions sur les douze enlevés portaient des traces de cancer. Ce dernier possédait des récepteurs d’œstrogènes et de progestérone positifs et la HER2 n’était pas surexprimée. Le grade se situait entre 1 et 2. Les marges chirurgicales étaient négatives.

D’accord. Pouvons-nous maintenant entreprendre la chimiothérapie ?

Non. Je devais me remettre de l’opération.

Deux semaines après l’intervention, tout s’écroula. De guerrière, je passai du jour au lendemain à un état mental alternant entre l’anxiété grave et la quasi-catatonie. C’était débilitant. Je perdis trente livres. Manger mon déjeuner favori (des toasts avec du beurre d’arachide) devint un fardeau.

Mon anxiété sévère se poursuivit jusqu’à mon deuxième cycle de chimiothérapie. Je devais en subir huit en tout. Tout au long de mes traitements, les soins reçus furent excellents. Toutefois, je n’eus pas l’impression que mon anxiété suscitait beaucoup d’empathie. Mon infirmière pivot ne semblait pas vouloir s’occuper de moi, ce qui aggrava mon état. J’avais l’impression qu’on jugeait certaines de mes réactions, même si je me battais contre une maladie mortelle.

Ce fut insupportable.

Personne ne veut être anxieux — personne n’aime cela.

Un fait ne devait pas être négligé : mes deux parents ont succombé à un cancer. Mon père est décédé cinq semaines après son diagnostic et ma mère, huit semaines après avoir reçu le sien. Je croyais que je ne célébrerais pas mon 46e anniversaire de naissance.

Curieusement, ce fut mon oncologue au parler franc qui réussit à me rassurer et qui fit le plus preuve de compréhension à l’égard de mon état. Elle admit que seules les personnes dans la même situation que moi pouvaient juger de ma réaction et reconnut mon anxiété. Ce fit toute la différence.

Si vous m’aviez demandé, avant mon diagnostic, comment je m’en tirerais, je vous aurais probablement dit que je n’en ferais qu’une bouchée, avec le sourire en plus. Surprise !

Apprendre et comprendre ce qui m’arrivait fut crucial. Au départ, je voulais seulement qu’on me dise que tout irait bien. Ça me suffit jusqu’au jour où je réalisai que j’avais un rôle décisif à jouer dans mon traitement, ma convalescence et la prévention des récidives. J’entrepris alors de mieux saisir l’importance de mon rôle et de me renseigner sur ce que je pouvais contrôler. C’est une étape déterminante pour tous les patients atteints de cancer.

Les interventions chirurgicales et les traitements doivent être abordés de manière proactive. Après les traitements, les patients finissent souvent par se poser la question : « Que faire maintenant ? » Une façon de demeurer proactive est de bien manger et de bouger. Nous restons ainsi en santé et prévenons les récidives. Je le fais et cela me procure l’impression d’avoir une emprise sur ma vie. Pratiquer le yoga constitue un excellent moyen de rétablir le contact avec son corps après un traitement et de faire durer ce contact longtemps après l’opération.

Je me suis aussi jointe à une équipe de bateau-dragon composée de survivantes. Ces femmes, mes coéquipières, me montrèrent ce qu’il est possible d’accomplir après un cancer du sein. Leur exemple influença ma convalescence. Il est pertinent de s’entourer de survivantes optimistes et actives, sans faire du cancer du sein la trame de votre vie. Personne ne me comprend mieux qu’elles.

Je n’exerce pas un contrôle total sur les risques de récidive, mais je fais tout en mon pouvoir pour me sentir proactive. Ainsi, je demeure confiante en l’avenir et sereine.

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