La Voix Des Canadiennes Atteintes D'un Cancer Du Sein

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Qu’est-ce que l’assurance médicaments et pourquoi les patientes atteintes d’un cancer du sein devraient-elles s’en soucier ?

L’année 2019 vient tout juste de commencer, mais nous pensons déjà à l’automne et à l’élection fédérale qui aura lieu au même moment. L’instauration d’un régime national d’assurance médicaments a suscité beaucoup de discussions en 2018. Le gouvernement fédéral a mis sur pied un groupe de travail pour étudier la façon optimale de faire fonctionner un tel système au Canada. Soudainement, tous les responsables des politiques en matière de santé se sont mis à en parler. Nous prévoyons tous qu’il s’agira d’un enjeu clé des prochaines élections. Mais de quoi s’agit-il exactement et en quoi ce sujet est-il important pour la communauté du cancer du sein ? Et surtout, de quelle façon répondra-t-on aux problèmes d’accessibilité vécus par les Canadiens ?

Le Canada est reconnu pour son système de soins de santé public. Nous pouvons nous rendre à l’hôpital sans nous demander comment nous parviendrons à payer. Nous ne pouvons malheureusement pas en dire autant des médicaments d’ordonnance. Le Canada est le seul pays développé doté d’un système de soins de santé public qui ne comprend pas un système d’assurance médicaments financé par l’État1. La plupart des Canadiens comptent sur des régimes d’assurance privés, habituellement offerts par leur employeur, pour obtenir le remboursement du coût de leurs médicaments. Néanmoins, un Canadien sur dix n’a pas les moyens de payer ses ordonnances2.

Les choses se compliquent lorsqu’il est question des traitements contre le cancer. La plupart des Canadiens ne croient pas devoir payer les médicaments contre le cancer parce que nos soins de santé sont financés par les fonds publics. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Notre système de santé étant administré par les provinces, l’accès aux traitements anticancéreux varie.

Voici les principaux enjeux actuels liés au traitement du cancer au Canada :

  1. Équité
    Chaque province possède sa propre liste de médicaments remboursés ou une liste de médicaments qui peuvent être remboursés si vous répondez à certains critères d’admissibilité (dont nous discuterons plus en détail ci-dessous). La liste des traitements anticancéreux remboursés de certaines provinces s’avère longue et exhaustive alors que celle d’autres provinces n’offre que quelques traitements jugés essentiels. Les traitements contre le cancer devenant de plus en plus personnalisés et coûteux, les listes de médicaments provinciales restreignent davantage leur présence sur leur liste respective. Cela signifie qu’un traitement disponible dans une province peut très bien ne pas l’être dans une autre.
     
  2. Délais
    Les nouveaux traitements sont indispensables pour prolonger la vie des Canadiennes vivant avec un cancer du sein métastatique. Pour nombre d’entre elles, avoir accès à de nouveaux traitements quand les traitements standards ne sont plus efficaces peut grandement améliorer leur longévité et leur qualité de vie. Cependant, deux à quatre ans peuvent s’écouler avant que ces traitements novateurs ne soient ajoutés aux listes de médicaments provinciales dont il a été question plus haut3. Parfois, ils n’y seront jamais inscrits, surtout dans les plus petites provinces.
     
  3. Admissibilité
    Nous avons mentionné plus haut qu’il faut être admissible pour obtenir les médicaments figurant sur la liste provinciale. Les critères d’admissibilité aussi varient selon la province de résidence.
  • La forme du médicament : Commençons par dire que tous les médicaments anticancéreux des listes provinciales qui sont administrés par intraveineuse en milieu hospitalier sont offerts aux patients. Dans certaines provinces, comme la Colombie-Britannique et le Manitoba, le mode d’administration importe peu. Si votre médicament doit être pris par voie orale (une gélule ou une pilule par exemple), il est couvert. Si vous devez vous rendre à l’hôpital pour le recevoir par voie intraveineuse, il est également couvert. Mais dans de nombreuses autres provinces, en Ontario et dans les provinces de l’Atlantique notamment, seuls les traitements intraveineux administrés à l’hôpital sont couverts. Conséquemment, de nombreux patients doivent payer de leur poche leur médicament administré par voie orale à la maison ou faire appel à leur assurance privée. Les médicaments novateurs sont de moins en moins souvent administrés par voie intraveineuse et de plus en plus seulement offerts sous forme de comprimés.
  • Âge : Dans toutes les provinces, les aînés de plus de 65 ans ont accès à un régime public d’assurance médicaments et à tous les médicaments qui se trouvent sur la liste du régime en question, peu importe leur forme. De nombreuses provinces offrent maintenant la même couverture aux enfants. Pour le reste de la population, les médicaments administrés ailleurs qu’à l’hôpital et les médicaments de soutien ne sont pas souvent remboursés par le régime public.
  • Intention de traitement : Pour les patients atteints d’un cancer métastatique qui attendent d’avoir accès à de nouveaux traitements, l’intention de traitement s’avère très importante. Ces patients sont soumis à différentes séries de traitements. Lorsque les traitements de première intention cessent d’être efficaces, les patients passent aux traitements de deuxième intention, et ainsi de suite. Quand un nouveau médicament est approuvé et remboursé par le régime public, sa couverture est fréquemment limitée à certaines intentions de traitement précises. Si un patient attend cette approbation, mais que le cancer a trop progressé pour qu’il réponde aux critères d’intentions de traitement, il devient souvent inadmissible au remboursement du médicament qu’il a si longuement désiré.
  1. Non-assurance ou sous-assurance
    De nos jours, de nombreux Canadiens ne sont pas suffisamment assurés ou ne le sont pas du tout. Devant la hausse du coût des médicaments et la nature restrictive des régimes publics, de nombreux patients non assurés risquent de devoir assumer les répercussions financières de leur état de santé ou de renoncer à des traitements qui pourraient leur sauver la vie. De plus en plus, les régimes d’assurance privés imposent des critères de remboursements stricts qui, dans les faits, rendent les régimes inadéquats pour les patients assurés en ne répondant plus à leurs besoins de traitement.
    Plusieurs provinces offrent une couverture des médicaments onéreux pour aider à atténuer certains obstacles rencontrés par les Canadiens qui doivent affronter le coût élevé de leurs médicaments d’ordonnance. Cependant, ces programmes varient selon les provinces et imposent des seuils d’admissibilité supplémentaires. Ils alourdissent le fardeau des patients qui ont besoin d’aide gouvernementale pendant une période marquée par un stress, une anxiété et une vulnérabilité exacerbés.

Nous avons bon espoir qu’un programme national de couverture des médicaments d’ordonnance abordera et réglera ces problèmes vécus actuellement par tant de Canadiens qui suivent un traitement contre le cancer. À mesure que les discussions au sujet d’un régime d’assurance médicaments s’intensifieront, le RCCS continuera de se pencher sur ces enjeux pour veiller à ce que les personnes dont les besoins ne sont pas comblés soient prises en charge et que la mise en œuvre d’un régime national d’assurance médicaments profite à tous les Canadiens qui doivent faire face à un cancer.