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Ce que votre oncologue veut que vous sachiez pendant la crise de la COVID-19

Faire face à un cancer du sein représente un défi en soi, mais en cette période incertaine durant laquelle notre système de santé doit rapidement s’adapter aux répercussions de la COVID-19, ce diagnostic s’accompagne d’un plus grand nombre d’obstacles, de modifications des schémas thérapeutiques et de reports de rendez-vous. Cette situation peut susciter des angoisses supplémentaires et des questions au sujet des répercussions de ces changements sur le résultat des traitements.

Nous avons communiqué avec des oncologues de partout au Canada pour mieux comprendre ces bouleversements et leurs impacts sur les patientes atteintes d’un cancer du sein. Nous désirions également connaître quelles certitudes ils peuvent offrir aux patientes inquiètes de voir leur cancer progresser. Il importe de noter que puisque la situation évolue constamment, l’information donnée ci-dessous est appelée à changer selon le déroulement et la durée de la pandémie. Voici ce qu’ils voudraient que vous sachiez :

1. Les recommandations formulées par les oncologues en matière de soin du cancer sont maintenant émises en comparant le risque présenté par le cancer avec celui de contracter la COVID-19 et d’en subir les répercussions négatives. Conséquemment, on pourrait demander à de nombreuses patientes de renoncer à leurs traitements, de les remettre ou de les cesser plus tôt, ce qui diffère des normes de soin habituelles en vigueur avant la COVID-19. Par exemple, si une patiente à haut risque de cancer du sein reçoit une chimiothérapie prophylactique, nous pourrions lui suggérer d’arrêter après quatre cycles au lieu des huit communément administrés puisque les quatre cycles additionnels ne représentent pas un avantage suffisant comparativement aux risques pour la patiente de poursuivre ses visites à l’hôpital ou même les risques de devoir être admise à l’hôpital en raison des effets secondaires du traitement. De même, si une patiente vit avec un cancer du sein métastatique, il peut être plus avisé de prendre une pause de traitement pour la tenir éloignée du centre de cancérologie. Nous reconnaissons qu’il s’agit là d’une dérogation à la norme de soins, mais c’est désormais le nouveau standard étant donné la pandémie actuelle. Les agences provinciales du cancer du pays nous aident à prendre ces décisions sécuritaires. Parfois, il existe des données (comme une administration écourtée du trastuzumab en tant qu’adjuvant), mais il pourrait ne pas y en avoir dans d’autres cas.

2. Les examens de routine comme les rendez-vous de suivi annuels pour les patientes qui reçoivent un traitement anti-hormonal sont maintenant remis à plus tard ou effectués à distance par vidéo. Nous aimerions que les patientes comprennent la logique derrière ce choix. Les risques associés à une visite à l’hôpital sont élevés, alors un examen de routine peut attendre. Si une patiente ressent des symptômes qui lui font craindre une progression du cancer, elle devrait appeler son oncologue pour déterminer la meilleure procédure à suivre. De la même façon, les tests annuels de routine comme les mammographies sont reportés.

3. Les patientes devraient appliquer les recommandations habituelles formulées par l’Agence de santé publique du Canada, le Centre for Disease Control et l’Organisation mondiale de la Santé. Cela signifie s’auto-isoler pendant 14 jours si elles ont récemment voyagé, laver leurs mains fréquemment, rester à la maison autant que possible et aviser les autorités de santé publique si elles présentent des symptômes.

4. Dans la mesure du possible, nous tentons d’évaluer nos patientes par téléphone pour éviter toute circulation dans l’hôpital. Les patientes devraient comprendre que bien que ce ne soit pas idéal et que nous préférerions les voir en personne pour les évaluer, les rencontres virtuelles peuvent être l’option la plus sécuritaire en ce moment pour nombre d’entre elles. Nous collaborons avec des pharmacies pour essayer de faire en sorte que les médicaments soient livrés directement au domicile des patientes. Si des patientes doivent se présenter à l’hôpital ou à une clinique, on leur demandera peut-être de venir seules, c’est-à-dire de ne pas être accompagnées par un membre de la famille en guise de soutien puisque nous tentons de limiter le nombre de personnes partout.

5. Étant donné la pression supplémentaire exercée actuellement sur tous les professionnels de la santé et une recrudescence du nombre d’appels et de questions de la part des patientes, il serait souhaitable que celles qui éprouvent des problèmes mineurs attendent leur rendez-vous pour en discuter avec leur fournisseur de soins.

Malgré ces temps incertains, sachez que les équipes d’oncologie continuent à travailler pour prodiguer aux patientes les meilleurs soins qui donneront les meilleurs résultats. Même si les lignes directrices en matière de soins changeront peut-être quelque peu au cours de cette période, l’objectif demeure de s’assurer que les patientes atteintes d’un cancer du sein reçoivent des traitements curatifs ou, dans le cas de cancers métastatiques, des traitements qui permettront de contrôler la maladie. Nous désirons également souligner que si des personnes éprouvent une inquiétude considérable, elles peuvent appeler leur professionnel de la santé puisque de nombreuses situations peuvent être bien évaluées par téléphone. Nous souhaitons continuer à prendre soin de nos patientes tout en veillant à leur sécurité.

Dr Roochi Arora MD FRCPC MSc Candidat
Boursier - Le Juravinski cancer centre

Dr. Mark Basik MD FRCPC
Chirurgien oncologue – Hôpital général juif

Dr. Karen Gelmon MD FRCPC
Médecins oncologue- Agence du cancer de la Colombie-Britannique

Dr. Sandeep Sehdev MD FRCPC
Médecins oncologue- L'Hôpital d'Ottawa

Photo par Ashkan Forouzani sur Unsplash