La Voix Des Canadiennes Atteintes D'un Cancer Du Sein

Éducation

blogue À nous la parole

(Du silence et de la réflexion sur soi naissent la sagesse et la voie à suivre. — Cindy Needham)


Tamoxi-bedaine

Par Cindy Needham

Adaptation d’un billet de blogue d’abord publié en 2016 sur le site Web de Cindy Needham, Thrive the Climb. Cindy est également l’auteur de The Pink Mountain, un livre qui aide les patientes atteintes d’un cancer du sein au moment du diagnostic, pendant le traitement et après.

J’ai un problème d’image corporelle depuis huit semaines. Le plus drôle, c’est que ça n’a rien à voir avec les deux cicatrices qui traversent ma poitrine. En fait, je me suis bien adaptée à ce changement, même si la cicatrice de droite paraît bosselée et difforme. Ma prise de poids en raison du tamoxifène me cause des ennuis. Sans œstrogènes, mon ventre ressemble à un baril. Un baril de pouding avec une croûte aux flocons d’avoine ! J’ai toujours été en bonne santé et en forme, alors je suis perturbée de constater que mon corps se métamorphose.

Pourquoi suis-je aussi déprimée par « juste » 14 livres de plus ? Bien, pour commencer, aucun de mes vêtements ne me fait ! Je possède deux paires de shorts qui, heureusement, contiennent suffisamment d’élasthanne pour s’étirer et s’adapter à ma silhouette en expansion. Je peux encore entrer dans mes t-shirts parce qu’ils étaient assez grands pour accueillir mes jolis seins avant qu’ils ne disparaissent. Ces 14 livres se sont frayé un chemin jusqu’à mon abdomen. Il y a une semaine, en marchant devant un miroir, j’ai réalisé que mes shorts n’arrivaient plus à contenir tout mon ventre. J’ai senti une boule se former dans ma gorge et mes yeux se remplir de larmes. Une voix intérieure a pleuré : « Que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce que cela m’arrive ? Quelle leçon dois-je tirer de tout cela ? »

Eh bien, quelques jours plus tard, assise sur le bord du lac où je campais, j’ai obtenu des réponses à quelques-unes de ces questions. Le soir précédent, alors que je savourais une bière, j’ai remarqué que je pouvais presque faire tenir la canette sur ma « tamoxi-bedaine ». Bien qu’un peu amusée, j’ai senti à nouveau cette boule dans ma gorge. J’ai entendu une voix dire : « Ce n’est PAS toi ! » Au cours de la nuit, je me suis réveillée en me demandant quelle était cette voix. Était-ce une manigance de Shade (mon ego) ou la sagesse de Blaze (mon esprit) ? Était-ce mon ego, qui tente de conserver un joli corps, alors que mon esprit souhaite que j’accepte « la nouvelle moi » avec grâce ? Ou était-ce mon esprit qui veut que je demeure en forme et en santé pendant que mon ego continue de manger et boire tout ce qu’il désire ? La réponse reçue quand j’étais assise sur le bord du lac, tranquille, a été nette et claire.

Mon ego, Shade, s’efforçait de rester en contrôle. Il essayait par des moyens détournés de prétendre qu’il était préoccupé par le fait que je n’acceptais pas qui j’étais. Il profitait de la liberté de manger et boire sans compter les calories qu’on s’accorde au printemps et en été. C’était la voix qui avait chuchoté : « C’est correct. Tu mérites un répit. Ta tamoxi-bedaine fait maintenant partie de ta vie. Plus vite tu l’accepteras, plus tu seras heureuse. » La voix qui disait : « Ce n’est pas toi. », c’était mon esprit, Blaze. Comment pouvais-je le savoir ? Après tout, mon esprit pouvait très bien parler d’« acceptation ». Contrairement à mon ego, mon esprit pose toujours les questions difficiles. Shade (mon ego) n’aime pas être contesté. Par contre, Blaze, mon esprit, sait que pour que l’âme évolue, il faut chercher profondément, changer les perspectives et regarder la vie selon divers points de vue pour pouvoir choisir consciemment comment nous vivons.

Pendant ce moment de solitude sur le bord du lac, j’ai pu méditer et puiser dans la sagesse de mon esprit. J’ai écouté ce qu’il avait à dire. Je me sens agitée et j’accepte difficilement cette métamorphose parce que je n’ai pas tenu parole envers moi-même. Je ne me suis pas bien alimentée. Je n’ai pas fait d’exercice. Comment puis-je contrôler ma tamoxi-bedaine si je persiste à manger des croustilles et du chocolat et à boire de la bière comme si c’était de l’eau ? Comment mes muscles peuvent-ils se développer et devenir plus forts si leur seul défi consiste à ouvrir une bouteille de vin ?

Mon esprit disait la vérité. Je n’ai pas agi de façon proactive pour contrer la transformation de mon ventre. Jadis, ce que je buvais ou mangeais l’été importait peu. Je m’amusais sans me soucier des conséquences, mais le tamoxifène a rendu cela impossible. Mon ego adore trouver des excuses pour continuer de mener la danse en nuisant à mon corps. Si je persiste à l’écouter, dans un an, je pèserai 30 livres de plus et je me serai perdue dans l’ombre d’une personne que je ne suis pas.

Il me reste exactement deux mois avant de rencontrer l’oncologue. Cela me donne huit semaines pour reprendre le contrôle de ma tamoxi-bedaine et apprendre à vivre sainement avec le tamoxifène.

Ce changement de cap s’avérera-t-il rapide et facile ? Non, mais tant et aussi longtemps que je demeurerai sur la bonne voie en matière de santé, je continuerai de prendre du tamoxifène et je poursuivrai l’aventure que représente cette « tamoxi-parenthèse ».

Il est temps d’établir un plan, de bouger et d’améliorer mon sort. Comme l’a déclaré Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à des résultats différents. »

Je suis moi, Cindy, une femme dynamique, forte, en forme et en santé !