La Voix Des Canadiennes Atteintes D'un Cancer Du Sein

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Série sur le mode de vie et la nutrition des patientes atteintes de cancer du sein. 3e partie : Les liens entre l’alcool et la récidive du cancer du sein. La bière et le vin peuvent-ils accroître votre risque ?

Cathy Leman, M.A., DT.P., EPC, est diététiste, entraîneuse personnelle certifiée, thérapeute en nutrition, blogueuse, conférencière et fondatrice de dam. mad. About BREAST CANCER®. Après avoir reçu un diagnostic de carcinome canalaire infiltrant de stade I en octobre 2014, Cathy s’est donné pour mission de servir la communauté du cancer du sein en proposant des recommandations et des conseils fondés sur des preuves. Elle éduque, informe et incite les femmes à manger, bouger et prendre soin d’elles et de leur bien-être avec confiance.

Par Cathy Leman, M.A., DT.P., EPC

On se rencontre pour un verre ? Pour discuter de la journée et de la vie en général avec une coupe de vin ? Avant mon cancer du sein, j’adorais le vin rouge. Que ce soit pour prendre des nouvelles d’un ami ou partager un repas avec mon mari, un verre (ou deux) d’un vin rouge corsé était de mise. Parfois, je dégustais un Chardonnay sec, mais les Zinfandel poivrés et charpentés ont conquis mon cœur. Le vin a occupé une place de choix lors de deux voyages différents en Europe. Comment pouvait-il en être autrement en visitant la Bourgogne en France et la Toscane en Italie ? Par un bel après-midi italien, mon mari et moi avons visité un vignoble méconnu. Nous avons dégusté différents vins avec des personnes rencontrées plus tôt dans la journée lors d’un cours de cuisine. L’une d’elles avait suggéré de visiter cette merveille cachée et nous les avons accompagnées avec enthousiasme. Nous ne nous connaissions que depuis quelques heures durant lesquelles nous avions cuisiné des pâtes ensemble. C’est un souvenir que je chérirai pour toujours. Dans cette vie si précieuse, il y a tant de petits plaisirs desquels on peut profiter. Un verre de très bon vin en fait partie.

Maintenant ?

Je ne bois plus.

Je n’éprouve pourtant pas d’aversion pour mon cher vin rouge. C’est plutôt le cancer du sein qui me répugne. Si je peux diminuer mon risque de récidive, j’embarque. Je suis toutefois loin d’être une sainte à ce chapitre, croyez-moi. J’ai continué de boire après avoir reçu mon diagnostic. J’ai bu pendant ma radiothérapie. J’ai bu après la fin de tous mes traitements. Ma consommation demeurait minime, non quotidienne, mais je n’ai pas arrêté. Je n’y ai jamais complètement renoncé. Je n’ai jamais déclaré « je cesse de boire ». Mon goût pour la chose s’est tout simplement estompé, tout comme mon seuil de tolérance à l’alcool. À un certain moment, j’ai commencé à me sentir mal après un verre de vin, de façon aléatoire. C’est tellement injuste ! Mais cela peut survenir quand une métabolisation sous-optimale après la ménopause et une tolérance décroissante se combinent1.

Je détestais ne pas savoir si j’allais me réveiller les idées claires ou embrouillées. Mes journées sont trop précieuses pour les passer dans un brouillard en attendant désespérément de me sentir mieux. Je dois aider des gens, bon sang ! Au moment où ma tolérance amorçait sa descente, j’ai examiné de plus près les recherches qui portent sur le lien entre l’alcool et le cancer du sein. Cela m’a convaincue de ne plus boire. J’ai jugé que c’était trop risqué. Je me suis demandé s’il y avait une relation entre le vin rouge et le cancer du sein et j’ai trouvé un lien entre cette maladie et tous les types d’alcool. Même la bière !

Ce que dit la recherche sur le lien entre l’alcool et le cancer du sein

À part peut-être le soya, je ne connais aucun aliment ou boisson qui suscite autant de controverse ou de confusion que l’alcool.

Voici ce qu’il en est :

Il existe des preuves solides selon lesquelles la consommation d’alcool accroît le risque d’un diagnostic initial de cancer du sein avant la ménopause et après1. Mais j’ai déjà reçu un tel diagnostic et les traitements nécessaires. Ça ne me concerne pas, non ?

La quantité phénoménale de recherches sur ce sujet (récentes et en cours) m’empêche de tout couvrir ici. Pour restreindre le contenu, je répondrai aux six questions les plus courantes sur l’alcool et la récidive du cancer du sein.

1. Dois-je cesser de boire après l’annonce d’un diagnostic de cancer du sein ?

Non. Vous n’avez pas à faire quoi que ce soit si vous ne le voulez pas. Voici quelques réflexions entendues dans le monde du cancer du sein à propos de la consommation d’alcool :

  • « La vie est courte. Bois du vin. »
  • « La vie est précieuse. Il faut en profiter. »
  • « Je ne me priverai pas de toutes les choses que j’aime. »
  • « Je veux profiter de la vie et boire de l’alcool en fait partie. »
  • « Boire ou non n’a pas d’importance. Certaines personnes qui ne boivent jamais ont le cancer. D’autres boivent beaucoup et ne l’ont pas. Je ne crois pas les études. »

Les gens ont des opinions très tranchées à propos de l’alcool ! Et ils y ont droit. Mais, s’il vous plaît, retenez ceci : l’alcool est cancérigène1. Seule l’abstinence réduit le risque de diagnostic initial de cancer du sein. Toute consommation d’alcool, même en faible quantité, accroît le risque de cancer du sein1. Le rapport sur l’alcool et le cancer du World Cancer Research Fund (WCRF) (une norme de référence) indique qu’un lien a été établi entre la consommation d’alcool et un diagnostic initial de cancer du sein avant et après la ménopause2.

2. Qu’en est-il du risque de récidive de cancer du sein ? Ou d’un cancer du sein primitif secondaire ?

Une revue systématique s’est penchée sur six bases de données et 16 études, dont onze qui évaluaient la récidive du cancer du sein. Environ la moitié des onze études ont démontré une association modeste, mais significative, entre la consommation d’alcool et un risque accru de récidive du cancer du sein. Deux études laissaient entendre que l’association était plus forte chez les femmes postménopausées3. La même revue a constaté que le lien entre l’alcool et les cancers du sein primitifs secondaires paraît moins clair. Cependant, le rapport du WCRF sur l’alimentation, la nutrition, l’activité physique et les survivants du cancer du sein ne considère pas que les preuves s’avèrent suffisamment solides en ce moment pour formuler des recommandations précises pour les survivantes au sujet de l’alcool et du risque de récidive2.

En tant que diététiste, je suis formée pour m’appuyer sur la recherche lorsque j’émets des recommandations nutritionnelles pour les autres. En tant que survivante du cancer du sein, je base mes décisions personnelles liées à la nutrition et à l’alimentation sur mon diagnostic ET la recherche. Je crois que l’alcool a pu jouer un rôle dans mon cancer. Bien sûr, je ne peux pas le prouver. Mais qui peut affirmer que continuer à boire n’augmenterait pas mon risque de récidive ? Je ne pouvais pas faire abstraction du lien établi dans la revue (et d’autres études et articles de périodiques professionnels). Et la recherche se poursuit. Que les preuves ne s’avèrent pas suffisamment solides EN CE MOMENT ne signifie pas qu’elles ne le deviendront pas plus tard.

Je comprends que les conclusions telles que celles du rapport du WCRF permettent de balayer plus facilement du revers de la main les inquiétudes entourant l’alcool. Et si c’est ce que vous choisissez de faire ? Il n’y a rien de mal à ça. Vous décidez. Vous décidez de prendre ou non ce risque ou même de croire ou non les études. Comme mentionné plus haut, certaines personnes jugent que sans alcool, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, qu’ils ne seraient pas en mesure d’en profiter pleinement. D’autres gens mènent des vies enrichissantes, très gratifiantes, sans toucher à une seule goutte d’alcool. Ces deux positions se valent.

Si vous hésitez, songez à essayer de ne pas boire pour voir si cela vous convient. Et si cela ne fonctionne pas ? Versez-vous un verre de quelque chose et dégustez-le sans culpabilité.

3. Est-ce que l’alcool fait augmenter la quantité d’œstrogènes ?

Oui.

La consommation d’alcool accroît le taux sérique des œstrogènes endogènes. Le terme sérique fait référence au sérum, ce liquide clair qui peut être séparé du sang coagulé. « Endogènes » signifie produits par le corps. Boire de petites quantités d’alcool, disons de 1,25 à 2,5 consommations standards quotidiennement, augmente le taux d’œstrogènes. Pourquoi est-ce problématique ? L’alcool accentue l’expression génique dépendant des récepteurs d’œstrogènes (ER) des cellules mammaires humaines cancéreuses ER positives. Cela se traduit par des cellules qui se reproduisent rapidement4. Si vous avez eu ou avez un cancer du sein ER+, l’objectif consiste dorénavant à maintenir un faible taux d’œstrogènes. Vous prenez probablement des médicaments à cet effet. Puisque l’alcool élève le niveau d’œstrogènes, boire peut s’avérer contreproductif.

4. Est-ce que le TYPE d’alcool importe ?

Non.

Votre choix d’alcool ne change rien. Un savoureux vin rouge, une bière bien froide ou un chic Cosmopolitan : ils fournissent tous de l’alcool à votre organisme. Le vin, la bière et les spiritueux contiennent de l’éthanol qui semble causer les dommages2. L’éthanol est un liquide limpide et incolore présent dans tous les types d’alcool. Il constitue le principal ingrédient actif de toutes les boissons alcoolisées.

5. Quelle est la quantité d’alcool qu’une personne peut boire SANS RISQUE ?

Selon les recherches que vous lisez ou la provenance de vos informations, les messages peuvent s’avérer contradictoires et déroutants à propos de la quantité d’alcool qu’il serait sécuritaire de boire après un diagnostic5. Le manque d’uniformité des recherches et leurs grandes variations rendent difficile l’établissement de lignes directrices concrètes. Rappelez-vous, le WCRF n’a émis aucune recommandation précise sur l’alcool pour les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer du sein.

C’est ici que vous devez délimiter votre zone de confort. Certains chiffres portent à croire que toute consommation d’alcool, aussi faible que six grammes par jour, accroît modérément le risque de récidive, surtout chez les femmes postménopausées2. Cela équivaut à environ 1,2 cuillère à thé d’alcool pur ou à moins de la moitié d’un verre standard. Si cette information vous fait réfléchir, mais que vous ne vous sentez pas prête ou prêt à cesser de boire, songez à ce qui vous importe le plus.

  • Si profiter d’un repas gastronomique exceptionnel signifie déguster un bon vin, envisagez de ne boire que lors de repas spéciaux.
  • Si les jours de fête ne sont pas les mêmes sans votre traditionnelle boisson particulière, continuez de savourer de l’alcool lors de ces célébrations annuelles.
  • Si la meilleure partie de votre club de lecture mensuel est de boire du vin avec vos amis, gâtez-vous et prenez un verre une fois par mois.

Des lignes directrices qui s’appliquent à la consommation d’alcool et à la réduction du risque de diagnostic initial de cancer du sein existent, mais il n’y en a pas pour les personnes qui vivent avec un cancer du sein ou sur le risque de récidive.

6. Pourquoi est-ce que je ressens de la culpabilité lorsque je bois ?

Je n’en suis pas certaine.

La cause de culpabilité diffère selon les gens. Bien qu’il n’existe pas de données pour appuyer ma réponse, je partagerai avec vous ce que je sais à partir de ma propre expérience et de mes études supérieures en psychologie de la santé. La culpabilité est une émotion négative. Vous pouvez vous culpabiliser de quelque chose que vous AVEZ FAIT. Vous pouvez vous sentir coupable pour quelque chose que vous N’AVEZ PAS FAIT. Comme les autres personnes qui ont reçu un diagnostic de cancer, nous désirons mener la vie la plus saine possible, aussi longtemps que possible. Pour ce qui est de l’alcool, nous savons ce que la recherche affirme. Nous savons ce que nos médecins conseillent. Pourtant, nous préférons parfois tout ignorer, en particulier notre diagnostic. Nous voulons prendre un verre de vin et oublier.

Nous pouvons alors avoir l’impression d’ouvrir la porte au cancer, d’où un sentiment de culpabilité.

S’il vous plaît, rappelez-vous ceci :

De la même façon qu’un aliment ne peut pas à lui seul causer le cancer, un verre d’alcool ne suffit pas non plus. La culpabilité draine l’énergie. Relâchez la pression.

Pour conclure

Boire ou ne pas boire ? Telle est la question après votre diagnostic. J’espère avoir clarifié certains aspects du sujet et vous avoir fourni des conseils pour que vous puissiez prendre la meilleure décision pour vous.

Photo par Maksym Kaharlytskyi sur Unsplash