La Voix Des Canadiennes Atteintes D'un Cancer Du Sein

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Série sur le mode de vie et la nutrition des patientes atteintes de cancer du sein et des survivantes. 2e partie : Trois régimes qui nuisent au lieu d’aider pendant un cancer du sein

Cathy Leman, M.A., DT.P., EPC, est diététiste, entraîneuse personnelle certifiée, thérapeute en nutrition, blogueuse, conférencière et fondatrice de dam. mad. About BREAST CANCER®. Après avoir reçu un diagnostic de carcinome canalaire infiltrant de stade I en octobre 2014, Cathy s’est donné pour mission de servir la communauté du cancer du sein en proposant des recommandations et des conseils fondés sur des preuves. Elle éduque, informe et incite les femmes à manger, bouger et prendre soin d’elles et de leur bien-être avec confiance.

Par Cathy Leman, M.A., DT.P., EPC

L’impression surgit si rapidement dans la foulée d’un diagnostic de cancer du sein que je crois que le médecin qui annonce que « c’est un cancer » devrait du même souffle dire : « Pour le restant de votre vie, préparez-vous à abandonner toute idée voulant que vous ayez déjà détenu un minimum de contrôle sur votre santé, pauvre femme. » Certaine que vous ne pourrez jamais retrouver votre équilibre, vous cherchez désespérément la moindre chose qui vous permettrait d’atteindre stabilité et harmonie. Pour de nombreuses femmes, la nourriture devient cette « première chose ». Les insoutenables et mauvaises habitudes alimentaires commencent toutes quelque part et malheureusement les régimes à la mode circulent constamment parmi les communautés du cancer du sein.

Aujourd’hui, j’expliquerai comment trois tentatives (régimes) bien intentionnées pour trouver stabilité et contrôle se révèlent malavisées au mieux et dangereuses dans le pire des cas. Je vous ferai également part de sages réflexions pour vous aider à trouver un vrai équilibre nutritionnel, empreint de compassion et de bienveillance.

Imaginez ça : être indulgente envers vous-même !

Le régime « D’la mar*# »!

Aussi connu sous le nom de régime Ah, tant pis !, il s’agit du régime que vous privilégiez après avoir conclu que ce que vous mangez n’a pas vraiment d’importance parce que tout cause le cancer du sein, que votre alimentation saine (ou presque) avant votre diagnostic n’a rien donné et que, honnêtement, vous vous en contrefichez maintenant !

Vous devez mobiliser toute votre énergie pour parvenir à comprendre que vous avez vraiment un cancer du sein. En plus, l’opération à venir et le traitement qui suivra vous stressent tellement que vous vous calmez par le biais de vos aliments réconfortants-à-tout-coup préférés. Bonjour sucreries et croustilles, tasse-toi brocoli ! Cuisiner demande trop d’énergie. Réserver du temps pour faire l’épicerie parmi le nombre ridicule de rendez-vous médicaux dans votre agenda relève de l’impossible. Et même si vous songez sérieusement à préparer un repas, vous oubliez tout ce que vous savez. Que pouvez-vous bien accomplir alors que vous ne pensez qu’à votre diagnostic ?

Il vous faudrait un miracle pour que vous soyez en mesure de vous concentrer suffisamment pour émincer, mélanger, réchauffer, mesurer et incorporer des ingrédients. Qui peut cuisiner dans un tel moment ? En plus, vous êtes tellement fâchée de la situation que passer du temps seule dans la cuisine pourrait très bien se terminer par des éclats de verre, des assiettes cassées et une obsession malsaine pour cette section du garde-manger où vous cachez la malbouffe. Les mets à emporter, le service au volant et les repas congelés deviennent vos aliments de base et il n’existe pas suffisamment de crème glacée sur la planète pour vous calmer.

PAROLES SAGES : Il est fort probable qu’avant même de recevoir votre diagnostic de cancer du sein, vous cherchiez dans la nourriture apaisement, soutien et salut. Il est vrai que la nourriture représente une source de réconfort fiable, accessible, économique et légale, mais il ne s’agissait pas d’une solution saine avant votre diagnostic et ce l’est encore moins maintenant. La recherche démontre que l’alimentation agit positivement sur les résultats des traitements et réduit possiblement le risque de récidive. Alors de dire que « tout cause le cancer du sein » ne tient pas la route.

Vous avez le droit de ressentir de la colère, mais transférer cette colère sur vous-même en vous sacrant de ce que vous mangez s’avère un exemple classique de l’adage « se couper l’herbe sous le pied ». Vous vous SENTIREZ peut-être mieux (pour un court moment) après avoir dévoré d’un trait un gâteau quatre-quarts, mais se pourrait-il que le soulagement ressenti provienne plutôt de la distraction offerte par le gâteau ? Mais bien sûr ! Il devient beaucoup plus facile de reléguer la réalité aux oubliettes quand vous êtes occupée à vous empiffrer.

Pouvez-vous énumérer trois façons, outre la nourriture, de gérer votre colère sans propulser votre glycémie au firmament ni envoyer valser votre régularité ?

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Exemple : Reconnaître la colère et le sentiment de panique. Acheter immédiatement un sac d’entraînement (punching bag) sur pied.

Le régime plus-que-parfait

Chaque. Bouchée. Doit. Être. Irréprochable. Vous avez poussé l’alimentation saine à l’extrême. Même la nourriture biologique ne s’avère pas tout à fait suffisamment biologique.

C’est le régime que vous privilégiez quand vous savez que plus votre alimentation est saine et irréprochable, meilleurs seront votre santé et le résultat de vos traitements et plus bas sera le risque de récidive. Le cancer n’osera plus jamais vous envahir (après votre opération et tous les traitements prévus pour vous) grâce au régime parfait super-sain que vous suivez.

Votre réfrigérateur et votre garde-manger sont remplis de maca et de thé matcha, de légumes verts et de céréales, de baies et de brocoli. Vous avez calculé la proportion exacte et la variété d’aliments complets nécessaires au maintien du niveau parfait d’alcalinité requis pour tenir le cancer à distance. Vous avez dévoré tous les livres sur la nutrition pendant un cancer du sein que vous avez pu trouver. Vous calculez vos macros, analysez le niveau d’antioxydants des raisins rouges locaux et celui des raisins rouges importés et avez entrepris d’effectuer une comparaison exhaustive de toutes les variétés de thé rooibos.

Quel que soit l’endroit où vous vous trouvez, une fête, un restaurant (qui sait ce qui se trouve dans vraiment dans ce repas ?) ou une épicerie, si vous n’arrivez pas à dénicher l’aliment parfaitement parfait, vous ne mangerez rien. Vous êtes trop terrorisée à l’idée qu’une seule bouchée de carotte ordinaire propagera le cancer partout dans votre corps.

Comment se fait-il que toutes ces lectures n’aient pas révélé l’existence du mot orthorexie, un concept qui offre une perspective légèrement différente sur la quête du régime parfait ?

PAROLES SAGES : Permettez-moi d’être parfaitement claire. Il n’y a RIEN de mal à vouloir améliorer votre alimentation après avoir reçu un diagnostic de cancer. En fait, je vous invite à le faire. Le problème surgit lorsque l’obsession de la perfection l’emporte sur l’intention raisonnable de nourrir votre corps suffisamment bien pour supporter les traitements et en améliorer les résultats. L’alimentation n’est ni aussi manichéenne ni aussi tranchée que certains livres et sites Web portant sur le cancer et la nutrition aimeraient vous le faire croire. Trouver la zone grise qui vous permet de vivre pleinement votre vie représente un objectif louable.

Les recherches sur des aliments qui paraissent prometteurs pour réduire le risque de cancer du sein (et même potentiellement pour le prévenir) se poursuivent, mais n’oubliez pas : aucun aliment ou repas ne peut causer ou prévenir le cancer et aucun régime n’est infaillible. Augmentez votre consommation de fruits et de légumes (si les produits biologiques ne conviennent pas à votre budget, les « ordinaires » font bien l’affaire), mangez davantage de noix, de graines, de protéines végétales comme les haricots et les autres légumineuses, intégrez des produits à grains entiers comme le riz brun et les pâtes de blé entier à votre alimentation et n’oubliez pas de vous servir une généreuse assiette de satisfaction et de plaisir pour accompagner votre repas.

Le régime suppléant

Manger de la vraie nourriture ? Non, il n’en est pas question.

Il s’agit du régime alimentaire que vous choisissez après en être arrivée à la conclusion que vous ne pouvez tout simplement pas faire confiance à la nourriture pour vous garder en santé. Votre diagnostic de cancer du sein le prouve. Votre ___________________(insérez ici le nom d’un site Web ou d’un livre douteux, d’un praticien sans scrupules, etc.) vous conseille de boire un certain thé, un certain mélange, de consommer une poudre spéciale et d’ingurgiter une combinaison précise de suppléments sans oublier de jeûner tous les deux jours.

La nourriture est l’ennemie et le remède au cancer du sein réside dans le fait de consacrer du temps (et des sommes d’argent incalculables) à la préparation de diverses concoctions et potions. Le mélange, la surveillance et le chronométrage des préparations vous font oublier l’opération et le traitement à venir. Vous demeurez confiante qu’il s’agit de la meilleure façon de nourrir votre corps, peu importe ce qu’en pense votre oncologue ou votre chirurgien. Profiter d’un repas au restaurant avec des amis est hors de question, vous perdez du poids plus vite que vous ne le réalisez et votre énergie fait défaut. Mais bon, ce plan est censé éloigner le cancer et cette « preuve » vous suffit.

PAROLES SAGES : En ce moment, vous êtes probablement plus vulnérable à la tromperie alimentaire que vous ne l’avez jamais été. Le mot charlatanisme ne serait pas trop fort pour décrire certaines recommandations sans scrupules aisément accessibles après un clic de souris et le partage d’un numéro de carte de crédit. Ils VOUS traquent !

Ne soyez pas dupe. La vraie nourriture, avec la synergie de ses nutriments et ses bienfaits pour la santé, ne peut jamais être remplacée par un régime basé sur des suppléments alimentaires. Il n’y a rien de mal à apprendre de quelle façon combler un manque à l’aide d’un complément. Mais en fin de compte, n’oubliez pas que peu importe que vous les appeliez suppléments ou compléments, ils jouent un rôle secondaire : les vrais aliments tiennent le premier rôle.

Photo par Toa Heftiba sur Unsplash

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